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Hommage | Medhi Charef

11 Septembre 2026

 

Après un été placé sous le signe des émotions, la SRF souhaite prendre le temps de rendre hommage à Medhi Charef, disparu le 10 juin dernier à l'âge de 74 ans. 

Medhi Charef a marqué le cinéma français par une oeuvre profondément singulière, attentive aux trajectoires de celles et ceux que le cinéma regarde trop peu. 


Il y a des films dont on se souvient à vie. On garde en mémoire une ou plusieurs séquences, parfois un seul plan suffit à cristalliser ce souvenir.

Plusieurs décennies plus tard, la première émotion est toujours là.  

Ce sentiment ne m’a jamais quitté avec Le Thé au Harem de Mehdi Charef, son premier film, adapté de son roman. Film que j’ai vu sur une cassette VHS issue d’un enregistrement de la nouvelle chaîne payante : Canal Plus.

C’était il y a 42 ans.  

Tout était novateur dans ce premier film, le décor :  un quartier HLM en banlieue nord de Paris. Jamais vu comme ça. Ce quartier ressemblait à un village, avec ses voisins, ses espaces communs, ses conflits et ses rencontres inattendues.  

On y croise le principal personnage, Magid, son acolyte, sa mère, immigrée de la première génération.  

Cette mère a pour voisine de palier, une femme qui élève seule son enfant, les séquences qui réunissent ces deux femmes, deux générations, deux itinéraires opposés, sont truffées de cinéma. En particulier la scène où la mère de Magid sauve sa jeune voisine désespérée à la tentation suicidaire. 

Et puis le dernier plan est une image qui se fige, un concentré de la toute puissance d’une mise en scène qui va à l’essentiel. Une idée forte avec un geste simple du compagnon de galère de Magid, le comédien Remi Martin.

Le souvenir de cette scène, de ce plan est intact.  

L’autre innovation de ce film est le regard posé sur cette nouvelle jeunesse, des nouveaux visages éloignés des caricatures outrancières qui sévissaient déjà largement dans les médias.  

Une jeunesse qui avait âge de leur quartier sorti de terre durant les 30 glorieuses.  

Le Thé au Harem  de Mehdi a obtenu des prix (César, Louis-Delluc) mais surtout il a entrouvert  une porte qu’aucun cinéaste n’avait poussée avant lui. Et comme d’autres qui rêvaient de cinéma, je me suis engouffré dans cette nouvelle perspective. 

Dix ans après la découverte du Thé au Harem, je sors mon premier film, Hexagone, et j’ai eu le droit sur mon répondeur a un long message de toi Mehdi, un message bienveillant et plein d’encouragements, ce message a été le plus beau cadeau que m’ait offert ma vie de cinéaste.

Mehdi, toi, fils d’immigrés, né dans l’Algérie Française, qui a passé ton enfance dans la gadoue de l’immense bidonville de Nanterre, ton adolescence dans le confort moderne d’un H.L..M et ta première expérience professionnelle comme ouvrier dans une usine.  

Quel parcours !

Celui d’une vie, celui d’une époque révolue.

Il nous reste tes 11 films et 9 romans pour te redécouvrir ou te découvrir. J’ai une pensée pour ta famille et pour Michèle Ray-Gavras ta fidèle productrice.

Texte écrit par Malik Chibane 

 

Crédit : JEFF PACHOUD / AFP

Photo : Medhi Charef par Cyrille Choupas 

Agenda

14 Septembre 2026
19h30

Directors' Club #10 | Iris Kaltenbäck

Iris Kaltenbäck présente Quand une femme monte l'escalier de Mikio Naruse. 

Paris

Cinéma Grand Action