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Hommage | Jean-Paul Rappeneau
10 Septembre 2026
À l'occasion des obsèques de Jean-Paul Rappeneau, ce jeudi 10 septembre, les cinéastes de la SRF souhaitent rendre un hommage à ce grand réalisateur, dont l'oeuvre a marqué durablement le cinéma français. Jean Paul Rappeneau est décédé le 1er septembre dernier à l'âge de 94 ans.
Jean-Paul Rappeneau fait partie de ces figures qui ont accompagné nos vies cinéphiles et nos vies tout court. Parce que son regard enjoué et intelligent traverse les 8 films qu’il a réalisés et parce que ses 8 films ont été autant d’événements populaires. Rares sont en effet les cinéastes qui ont réussi à mener une carrière grand public et l’accomplissement d’une œuvre personnelle.
Dès La vie de Château (1966), la signature Rappeneau était manifeste : de la vitesse, de l’humour, une élégance et une profondeur. Cette quête de la vitesse pour mieux saisir l’énergie de nos vies est devenu un style et en cela, Rappeneau, pianiste de formation et mélomane avéré, a créé son propre langage.
Chez lui, la mise en scène est une mécanique de précision, orchestrée comme une partition musicale. Elle exige de ses comédiens — de Jean-Paul Belmondo dans Les Mariés de l'an II (1971) à Catherine Deneuve et Yves Montand dans Le Sauvage (1975), d'Isabelle Adjani dans Tout feu, tout flamme (1982) et Bon voyage (2003) à Gérard Depardieu dans Cyrano de Bergerac (1990), en passant par Juliette Binoche et Olivier Martinez dans Le Hussard sur le toit (1995) — une rigueur chirurgicale.
Chronomètre en main et partisan du « parler vite pour penser vite », Rappeneau règle chaque mouvement de caméra et chaque réplique au millimètre. De cet artisanat de l'extrême rigueur naît pourtant la magie : le sentiment d'un élan sauvage, souverain et affranchi de toute contrainte. Il fait ainsi de la vitesse une véritable éthique, où le mouvement révèle l'intime. Cette quête du rythme n'est jamais un vain exercice de style, mais le moyen ultime de saisir l'énergie, le vertige et le désir qui traversent nos existences.
Il y a une certaine ironie à observer combien ce cinéma de la vitesse fut porté par par un cinéaste du temps long ( JP Rappeneau a signé 8 longs métrages en 50 ans !). C'est parce que ce cinéaste de la vitesse était aussi celui du détail et de l'exigence. Ce faisant, Jean-Paul Rappeneau a déployé dans l'exercice minutieux de son art une forme de radicalité au service d'une oeuvre populaire.
Car il fait partie de ces auteurs dont l’exigence n’a jamais exclu le spectateur, dont la générosité n’a jamais entamé la singularité du geste. Il avait cette capacité à faire voler en éclat les étiquettes. Dans son dernier film, Belles Familles (2015), Jean-Paul Rappeneau fait preuve d'un flair remarquable en réussissant à faire cohabiter des comédiens issus de territoires cinématographiques en apparence très éloignés, Mathieu Amalric, Gilles Lellouches et Marina Vacth. Directeur d'acteurs hors pair, toutes générations confondues, Jean-Paul Rappeneau a été un révélateur et un écrin pour les plus grandes figures du cinéma français, qu'il aimait pousser hors de leur zone de confort.
Sans afféterie, toujours avec sincérité et en creusant son propre sillon, Jean-Paul Rappeneau est un cinéaste rare qui continue de nous rassembler, aujourd’hui pour le regretter.
Et puisqu’il n’y a pas d’âge pour se sentir orphelins, nos pensées vont en ce jour à ses proches, en particulier ses enfants qu’il avait associés à son œuvre.
Texte écrit par Stéphane Demoustier et Fleur Albert
Crédit : JEFF PACHOUD / AFP
