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Hommage | Béla Tarr

14 Janvier 2026

Les cinéastes de la SRF rendent hommage avec émotion à Béla Tarr, décédé le 6 janvier dernier à Budapest à l’âge de 70 ans.

Visionnaire, inconsolable et ironique, clairvoyant sur la destinée des sociétés et leur effondrement moral, il est le cinéaste du monde d’après la fin de l'histoire, quand il ne reste plus grand-chose de la condition humaine sinon des êtres solitaires, des âmes perdues dans une réalité en ruines. Il a su nous révéler la vérité crue de la Hongrie, des pays de l'Est, et de ce que fit à l'humanité la catastrophe du XXe siècle.

Réalisé en 1979, son premier long métrage, Nid familial, est un film atypique, un documentaire remis en scène. Mais c'est avec la rencontre décisive de l'écrivain hongrois László Krasznahorkai, le dernier prix Nobel de littérature, que Béla Tarr entre de plain-pied dans son univers cinématographique.

En 1988, Damnation inaugure ce qui deviendra son style, un monde au noir et blanc creusé jusqu’à la cécité, en lutte inégale contre l’empire des ténèbres, fait de villes sans nom et habité d'hommes et de femmes qui s'attirent et s’envient.

De cette même collaboration suivra son œuvre maîtresse, Le Tango de Satan (prix Caligari à la Berlinale en 1994) : à la faveur de longs plans obstinés, têtus, moins contemplatifs qu'il n'y paraît, il devient le cinéaste des temporalités souterraines, invisibles, en deçà de l’Histoire, où les personnages ne sont plus que des êtres aussi magnifiques et monstrueux que des créatures des profondeurs sous-marines.

Tous sont pris entre la folie et le mystère cosmique de la vie, comme ces clients ivres d'un café qui tournent les uns autour des autres pour rejouer la danse des corps célestes du système solaire dans Les Harmonies Werckmeister (présenté à Cannes en 2000 à la Quinzaine des réalisateurs). Soit l’essence du cinéma et de la survie – ici la même chose.

Son dernier film, Le Cheval de Turin (Ours d’argent à la Berlinale en 2011), devient une épure où il n’y a plus de dramaturgie au sens classique du terme, ni vraiment de relations humaines, mais des êtres en proie aux éléments, à la répétition obstinée de l’espace et du temps, aux sensations premières (la faim, le froid, la peine…). Le cinéma devenu la matière même de l’humaine condition, de son absurdité, de la miséricorde.

Il restera un exemple d’intégrité et de constance, un immense cinéaste qui aura démontré que la recherche du sublime n’est pas la quête du « plus beau que beau » mais de la beauté du tragique et du désespoir.

L’art, la littérature et la création – en tout premier lieu le cinéma – restent la seule possibilité de rédemption dans un monde privé de toute transcendance.

De cela, nous lui sommes infiniment reconnaissants.
 

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