Disparition de Claude Lanzmann

Communiqué de presse
05/07/2018

Claude Lanzmann nous a quittés le 5 juillet dernier et il laisse derrière lui, en plus d’une œuvre colossale, un vide immense.

Paris, le 9 juillet 2018

 

Claude Lanzmann nous a quittés le 5 juillet dernier et il laisse derrière lui, en plus d’une œuvre colossale, un vide immense.

Figure intellectuelle engagée, il n’eut de cesse de lier son activité artistique à des convictions politiques très fortes. D’abord résistant pendant la seconde Guerre Mondiale, il fut également signataire du Manifeste des 121 qui dénonçait la répression en Algérie en 1960, opposant farouche au colonialisme et pourfendeur acharné de l’antisémitisme. Ses derniers films, le romantique Napalm, qui traite de la Corée du Nord contemporaine en contant une histoire d’amour survenue avec une autochtone un demi-siècle plus tôt, et le cruel Les Quatre sœurs, sur les horreurs subies par quatre femmes dans les camps d’extermination, témoignent encore des combats intellectuels qu’il aura menés jusqu’à sa mort.

Excessif, bourru, passionné et débordant de vie, Claude Lanzmann fut une personnalitécomplexe, profondément libre et intransigeante. Son film le plus célèbre, son monument d’historicisation de la mémoire, Shoah, n’a ni précurseur ni successeur et l’on peut douter qu’il en aura jamais. Il définit ce que fut son approche du cinéma, sa méthode, qui inspire aujourd’hui encore les cinéastes documentaires. Ne cherchant ni à comprendre le Mal ni à expliquer l’Holocauste, Lanzmann s’accroche aux seuls faits, au prosaïsme atroce qui régit la mise à mort dans les camps d’extermination, au-delà de tout moralisme et de toute psychologisation des actes barbares perpétrés. Il s’évertue, durant les neuf heures qui composent Shoah, à raconter le fonctionnement quotidien de la machine de mort nazie. Sans images d’archives, mais nourri d’une enquête préalable de douze ans, Lanzmann réalise l’impossible : dire l’ineffable et montrer l’indicible du modus operandi froid et bureaucratique de la solution finale. Quiconque a vu Shoah se remémore aisément avoir été saisi d’effroi devant l’obscénité du mécanisme décrit par la seule force des lieux, soudainement rendus à la vie par l’enregistrement visuel de leur ici et maintenant, et les interventions des protagonistes, questionnés par un Lanzmann autant acteur que réalisateur. Des images et du son – du cinéma – pour suppléer une mémoire inexistante et faire renaître, de manière éphémère, les morts passés pour les vivants présents et à venir.

C’est donc avec une grande tristesse mais aussi une profonde admiration pour l’homme et le réalisateur qu’il fut, que nous, cinéastes membres de la SRF, tenons aujourd’hui à lui rendre un dernier hommage fraternel. 

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