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Directors' Club #8 | Sylvain Desclous
Sylvain Desclous présente Général Idi Amin Dada : Autoportrait.
Paris
Le Grand Action

Lundi 13 avril à 19h30, venez découvrir Général Idi Amin Dada, de Barbet Schroeder
Avec Général Idi Amin Dada : Autoportrait, Barbet Schroeder capte bien plus qu’un portrait de dictateur : il saisit un pouvoir en pleine représentation, au moment précis où celui-ci croit encore maîtriser son image. Le film s’ouvre comme une tribune offerte, presque complaisante - mais très vite, quelque chose se dérègle.
Car ce qui se joue à l’écran n’est pas tant un discours qu’un dérapage. Idi Amin Dada parle, parade, plaisante, menace - et dans cette profusion, le contrôle se fissure. Le film n’attaque jamais frontalement ; il laisse advenir. C’est dans cet espace, entre parole et silence, que surgit une vérité plus troublante : celle d’un pouvoir qui se met lui-même à nu sans le savoir.
Peu à peu, la mise en scène tourne à vide. Derrière les postures et les provocations, le corps trahit une fatigue, le regard se perd, le vernis se craquelle. Ce qui devait être une démonstration de force devient un théâtre instable, où affleurent la violence, l’absurde et une forme de grotesque inquiétant.
Porté par la lumière de Nestor Almendros et un montage d’une précision implacable, le film transforme cette auto-représentation en piège. Il ne dénonce pas : il expose. Et dans cette exposition, il révèle autant un homme qu’un système, autant une époque que ses prolongements. Comme le souligne Jean Rouch à la sortie du film, « après un siècle de colonisation, n’oublions pas que c’est en partie une image déformée de nous-mêmes que renvoie Idi Amin Dada ».
Film rare par son dispositif, dérangeant par sa frontalité, Général Idi Amin Dada : Autoportrait demeure une expérience troublante - une œuvre où le cinéma, sans hausser le ton, parvient à faire vaciller le pouvoir en le laissant simplement parler.
LE FILM
Synopsis
Tour à tour naïf ou lucide, drôle ou inquiétant, illuminé ou sûr de sa force physique et de la mission qu'il doit accomplir, Amin Dada n'a pas fini d'intriguer, sinon d'inquiéter. Il est celui qui a acclamé Hitler, fait disparaître des milliers de personnes depuis son arrivée au pouvoir. A travers cet homme qui proclame « tout pouvoir se gagne par K.O », Barbet Schroeder en profite pour étudier sociologiquement et politiquement ce pays en pleine mutation depuis le départ de la Grande-Bretagne : le manque de devises, le problèmes des 80.000 Hindous chassés à la suite d'un rêve du président, et qui détenaient 80 % de l'économie, la désorganisation du commerce qui provoque une vertigineuse hausse des prix et une inflation battant tous les records dans ce pays d'Afrique.
De Barbet Schroeder
France / 1974 / 92'
BARBET SCHROEDER
Barbet Schroeder est un cinéaste, producteur et documentariste franco-suisse né en 1941 à Téhéran. Figure singulière du cinéma contemporain, il développe une œuvre éclectique, à la croisée de la fiction et du documentaire, marquée par une fascination pour les marges, les figures de pouvoir et les zones d’ambiguïté morale.
Dès ses débuts, il s’inscrit dans l’effervescence du cinéma français des années 1960 en cofondant la société de production Les Films du Losange, étroitement liée à la Nouvelle Vague. Son premier long métrage, More (1969), capte l’esprit de la contre-culture tout en annonçant son intérêt pour les trajectoires individuelles en dérive.
Le cinéma de Schroeder se caractérise par une approche à la fois distante et immersive, où l’observation rigoureuse se mêle à une forme de neutralité troublante. Il explore des univers souvent extrêmes, donnant la parole à des personnages controversés sans jugement explicite, ce qui confère à ses films une tension éthique constante.
Cette démarche trouve un aboutissement marquant dans ses documentaires, notamment Général Idi Amin Dada : Autoportrait (1974), portrait dérangeant du dictateur ougandais, et L'Avocat de la terreur (2007), consacré à l’avocat Jacques Vergès. Dans ses fictions, il s’illustre également avec Barfly (1987), chronique inspirée de la vie de Charles Bukowski, ou encore Reversal of Fortune (1990), qui lui vaut une reconnaissance à Hollywood.
Oscillant entre cinéma d’auteur européen et productions américaines, Schroeder construit une filmographie cohérente dans sa diversité, guidée par une curiosité constante pour les comportements humains et les mécanismes du pouvoir. Son œuvre, souvent provocante et toujours nuancée, interroge le regard du spectateur autant qu’elle expose ses sujets.
SYLVAIN DESCLOUS
Après avoir été diplômé de l'Institut d'études politiques d'Aix-en-Provence en 1994, Sylvain Desclous réalise les courts métrages, CDD/I (2005), Là-bas (2009), Flaubert et Buisson (2011), Le Monde à l’envers (2012) et Mon Héros en 2015.
Son premier long métrage, Vendeur avec Gilbert Melki et Pio Marmaï, sort en 2016.
Suivront trois documentaires : La Peau dure (2018), Valentina à l'Est (2020) puis La Campagne de France (2022).
Il réalise ensuite De grandes espérances (2023) avec Rebecca Marder, Benjamin Lavernhe et Emmanuelle Bercot puis Le Système Victoria, adapté du roman d'Éric Reinhardt avec Damien Bonnard et Jeanne Balibar, qui sort en 2025.
Tarif préférentiel pour les adhérents SRF : 5 €
Carte UGC/MK2 acceptées