Perplexité autour de la gestion de crise de la Cinémathèque française.

Dépêche
10/11/2017

La Société des Réalisateurs de Films s'interroge sur les prises de position récentes de la Cinémathèque française concernant sa contribution à la polémique de la rétrospective Polanski et le report sine die de celle de Jean-Claude Brisseau.

Que nous donne à penser la direction de la Cinémathèque à travers ses décisions et ses communiqués officiels ?

D’abord, qu’en mettant à l’honneur à quelques semaines d’écart deux auteurs condamnés pour crimes sexuels, puis en n’en reportant qu’un sur les deux - qui par un effet de chronologie des faits tombe fort inopportunément sur le moins reconnu des deux - elle nous semble contribuer à initier puis hystériser un débat auquel elle n’apporte hélas aucune perspective.

A travers ses deux communiqués et la prise de parole publique de son directeur, ne remettant jamais en cause, ni en profondeur ni même en surface, sa position, nous déplorons que la Cinémathèque joue la fuite, l’hostilité ou la résistance au débat qu’elle n’arrive manifestement pas à penser dans sa complexité ni même ses grandes lignes. Comme si sa dynamique de rétrospective la condamnait au passé, au seul musée. La Cinémathèque ne nous semble pas à la hauteur du moment.

C’est d’autant plus dommage qu’elle a toujours été un lieu de contestation, de manifestation. Parfois dans la salle, parfois à l’extérieur. Pourquoi s'y dérober aujourd'hui?

En choisissant de dépolitiser le débat, de ne pas l’inscrire dans un champ de réflexion plus vaste et nuancé, et de contribuer à la rhétorique passionnelle, la Cinémathèque ne semble pas comprendre que chaque décision prise en son sein renvoie un signal fort, qui puisse par conséquent être discuté, contesté. La Cinémathèque française n'est pas un ciné-club, elle écrit sa propre histoire du cinéma, c'est une responsabilité passionnante. Nous regrettons sa ligne défensive,  arguant de l’éternel retour à l’ordre moral, qui nous semble déconnectée des vrais enjeux.  Elle réduit le combat féministe à des bras de fer et échoue à défendre les intérêts des auteurs, qu’elle fragilise en les mettant en première ligne pour les abandonner ensuite.

Cet échec à produire de la pensée nous engage tous car il est celui d’une institution culturelle qui possède à nos yeux les moyens d’agir, d’éditorialiser, de transmettre, de participer aux enjeux de ce moment. La Cinémathèque a déclaré se sentir seule dans cette crise. Nous affirmons ici notre présence pour l’aider à penser la suite.

Le Conseil d’Administration de la SRF :
Marie AMACHOUKELI, Jacques AUDIARD, Bertrand BONELLO, Malik CHIBANE, Catherine CORSINI, Alice DIOP, François FARELLACCI, Pascale FERRAN, Yann GONZALEZ, Joana HADJITHOMAS, Thomas JENKOE, Cédric KLAPISCH, Héléna KLOTZ, Alexandre LANÇA, Jonathan MILLET, Héloïse PELLOQUET, Katell QUILLÉVÉRÉ, Lola QUIVORON, Christophe RUGGIA, Pierre SALVADORI, Céline SCIAMMA, Rebecca ZLOTOWSKI.


Contact :
SRF / Julie Lethiphu - Déléguée générale
jlethiphu@la-srf.fr /01 44 89 99 65

 
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